• Comment expliquer la surpopulation brutale des méduses ?

    Un article du Journal « Le Monde » analyse l’apparition des méduses et des Physalis (siphonophore marin, différent de la méduse). Depuis l’été 2010, les usagers de la plage et des vagues (sauveteurs en mer, surfeurs, moniteurs de surf, baigneurs,…) ont vécu le cauchemar des brûlures causées par les méduses sur la côte Aquitaine comme sur d’autres littoraux du monde. Le constat est donc relativement global sur l’ensemble des plages du monde.

    Animal tentaculaire et gélatineux aux filaments vénéneux et à la piqûre parfois mortelle, la méduse possède l’attirail complet du monstre marin. Mais aux yeux des biologistes, l’envahisseur des littoraux n’effraie pas assez les pouvoirs publics. C’est en tout cas l’avis de l’alliance européenne Océan 2012, rassemblant une centaine d’organisations de défense du milieu marin. Jeudi, l’ONG a dénoncé la surpêche comme facteur principal de la prolifération récente des méduses.

    Dans son rapport, l’ONG note que « le prélèvement d’un trop grand nombre de poissons dans ces écosystèmes offre à ces méduses une niche écologique où elles peuvent prospérer ». En surexploitant les stocks, les pêcheurs participent au dérèglement de la chaîne alimentaire et à l’extinction de certaines espèces, comme les thons, les tortues ou les poissons-lune, mangeurs de méduses.

    Mais l’animal est aussi opportuniste. « Il s’agit surtout d’une compétition sur une ressource alimentaire, explique Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique de Monte-Carlo. A cause de la surpêche, tous les petits poissons, sardines, maquereaux, mulets, dorades, qui raffolent du zooplancton autant que les méduses, disparaissent et le festin revient aux méduses. »

    LA SURPÊCHE N’EST PAS LA SEULE RESPONSABLE

    Le document d’Océan 2012 précise cependant que la surpêche n’est qu’une des causes plausibles du pullulement des méduses. Les changements climatiques, la modification des courants, la salinité, la température sont autant de facteurs significatifs. Dans la plupart de ces hypothèses, l’activité humaine est en cause.

    Le ruissellement des eaux usées par exemple, transporte jusqu’à la mer des substances, issues de l’agriculture ou des déchets, susceptibles d’accroître, au bout de la chaîne alimentaire, la quantité de nourriture disponible pour les méduses. Dans un article du Monde daté du 17 septembre 2007, Jacqueline Goy, spécialiste française du phénomène, s’inquiète d’un autre type de rejets : « Les hormones contenues dans les pilules contraceptives ou les traitements de la ménopause, une fois rejetées par les urines, ne sont pas éliminées par les stations d’épuration. Elles se retrouvent dans la mer, avec les mêmes effets : blocage de la fécondation et féminisation des poissons. Les fermes d’aquaculture ont été les premières à constater une augmentation du nombre de femelles. Depuis, des observations ont montré que, malgré des moratoires draconiens, les stocks de certaines espèces de poissons ne se reconstituent pas. »

    Nul besoin d’être biologiste pour observer le phénomène. Depuis leurs serviettes de plage, les baigneurs ont de plus en plus fréquemment l’occasion de commenter ces surpopulations. Les proliférations de méduses n’apparaissent plus cycliques, comme dans le passé, mais se reproduisent de plus en plus souvent d’une année sur l’autre. « Les eaux de la mer Noire et de la Baltique sont d’ores et déjà devenues des soupes de méduses », dit Jacqueline Goy.

    Ce fait n’échappe pas aux experts, qui manquent toutefois de données pour évaluer l’évolution du phénomène. Finalement, peu importe les causes, la « prolifération des méduses est un symptôme, un voyant rouge qui s’allume. On ne sait pas encore pourquoi, mais il a valeur d’un indicateur », conçoit Robert Calcagno.

    Océan 2012 espère que la réforme prévue en 2012 de la politique commune de la pêche sera l’occasion de mettre un terme à la surpêche et d’instaurer une gestion juste et équitable des stocks de poissons. Et donc de juguler les proliférations de méduses sur les littoraux.

    Anne-Laure Jean

    Info Océan SurfConseil