• COPENHAGUE J-3 : LES OCÉANS JOUENT LEUR PLACE

    Selon les experts, les océans nous auraient déjà épargné de dangereux effets du changement climatique ©DR


    Un des enjeux du sommet de Copenhague est bien la reconnaissance dans les négociations du rôle majeur de régulateur climatique des océans et de leur lourd tribut payé à l’absorption du CO2 produit par l’activité humaine. Les scientifiques le demandent. L’urgence commande d’agir, mais quelles mesures prendre pour préserver ou restaurer un milieu encore très peu étudié.
    « Plus de 80 % de l’énergie additionnelle totale accumulée par la planète en raison de son réchauffement a déjà été absorbée par les océans. Il est juste de dire que les océans nous ont déjà épargné de dangereux effets du changement climatique. Mais ils doivent aussi absorber chaque année 2,1 milliards de tonnes de CO2 rejeté par l’homme dans l’atmosphère. Cela équivaut à déverser chaque jour 25 millions de tonnes de carbone dans l’océan. Il en résulte une hausse de l’acidité des océans, ce qui constitue une terrible menace pour les organismes à structure calcaire tels que les récifs coralliens… ».

    A l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la Table ronde ministérielle sur les océans, « Vers une gestion avisée des océans : la contribution de l’UNESCO à une gouvernance responsable des océans », Koïchiro Matsuura, le directeur général de l’UNESCO rappelait le 12 octobre dernier un constat largement partagé. Programmes scientifiques, rapports officiels, conférences se succèdent ou s’entremêlent dans des réseaux cohérents d’actions destinées à informer, alerter sur l’importance des dommages subis par les océans. Qu’ils soient conduits sous l’égide de l’ONU, d’institutions scientifiques épaulées le plus souvent par les grandes ONG environnementales, ils tendent de plus en plus à convaincre les décideurs de la planète de l’intérêt de tenir compte de plus de 70% de l’espace planétaire dans la réflexion et les décisions qui s’imposeront sur la réduction des gaz à effet de serre.

    La journée de l’Océan à Copenhague

    Le Forum Global pour les Océans, les Côtes et les Iles, et le Réseau Océan Mondial organisent le 14 décembre prochain « la Journée de l’Océan » dans le cadre de la Conférence de Copenhague. Objectif : repositionner l’océan et l’analyse écosystémique marine au cœur du débat concernant les enjeux climatiques. Les océans avaient été oubliés des négociations initiales sur le climat au sommet de Kyoto. La Conférence mondiale sur les océans, à Manado en Indonésie, concluait le 15 mai dernier sur une déclaration générale incitant à promouvoir « la préservation » et « l’utilisation raisonnée des ressources marines » dans un contexte de « dégradation de l’environnement et de menaces sur la biodiversité ». Le texte non contraignant, appuyé par les 70 états présents exprimait le souhait d’un succès de Copenhague face aux enjeux. La hausse du niveau de la mer est estimée au minimum à 59 cm d’ici 2100 selon le Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC). Un tel phénomène entraînerait le « déplacement » d’ici 2050 de 150 millions de personnes des îles mais aussi des régions et villes situées sur les côtes ou dans les deltas. Les conséquences sociales et économiques en seraient très importantes.

    Mesurer les paramètres du vivant

    Depuis des années les analyses se fondent essentiellement sur des paramètres physico-chimiques pour expliquer les interactions du couple océan/atmosphère, proposer des modèles intégrant ces mêmes paramètres et mettre en place des programmes de recherche reposant essentiellement sur des réseaux automatisés de mesures (bouées océaniques, satellites…). Les interrogations conduisent aujourd’hui à une approche nouvelle qui intègre la donnée du vivant dans l’étude de l’océan pour une meilleure appréhension des phénomènes globaux de notre planète, dont le climat. D’où la nécessité de nouveaux programmes et de nouveaux outils ( Tara océans, Seaorbiter, La Boudeuse…) qui mesurent in situ l’impact sur le climat des paramètres touchant au vivant. Exemple les conséquences de la possible acidification des océans sur la production de phytoplancton.

    Les océans à 70% dans l’accord ?

    Principaux puits de carbone planétaire, les océans absorbent entre 20 et 30% du CO2 injecté dans l’atmosphère. Les scientifiques attendent des négociations de Copenhague qu’une place bien plus grande soit accordée aux mers dans les négociations sur le climat, au même titre que les forêts. Décider et agir, mais comment, compte tenu de la difficulté liée au contexte de forte incertitude scientifique ? Le principe de précaution s’impose. La France dans le droit fil des conclusions du Grenelle de la mer manifeste depuis sa volonté de jouer un rôle de leadership dans ce repositionnement. Dans son discours sur la politique maritime de la France, Nicolas sarkozy annonçait le 16 juillet dernier, des mesures d’agrandissement des aires marines protégées, jusqu’à 2 millions de km2, sous « souveraineté française », réseau complémentaire à celui sur terre, de « la trame verte et bleue », et « bleue marine ». Il annonçait aussi les « moyens nécessaires pour renforcer puissamment notre expertise scientifique sur l’état des ressources naturelles marines ». En précisant « qu’aucun autre Etat dans le monde ne l’a jamais fait », il ajoutait : « cet exemple que la France va donner, ouvrira la voie à un mouvement sans précédent de préservation des océans, de reconstitution des ressources halieutiques et de sauvegarde de tous ceux qui vivent et dépendent chaque jour de la fertilité des mers. ».
    A suivre.
    4 décembre 2009, Gilles Daniel