• Voyage aux îles Mentawai.

    Désireux de connaître leur culture et curieux de leur environnement, j’ai vécu mon voyage au cœur de ces îles, en pleine nature. Pas de route, pas de moteur, pas de ligne électrique, pas de téléphone ni d’Internet, mais une forêt immense qui chante jour et nuit sur un fond sonore de déferlantes.


    Déposé par bateau dans un coin d’île, Je me suis installé dans un « uma » (maison traditionnelle) avec les locaux qui m’accompagnaient dans cette expérience. De ce lieu de vie, cinq belles vagues étaient accessibles à 30 minutes de marche maximum. Les conditions de surf ont changées chaque jour, sans perturber l’intensité des sessions et du plaisir de « rider » de bonnes vagues.
    La taille des vagues selon les spots à osciller de 1.00m à 2.50m. Des vagues « fun » pour enchaîner des manœuvres et des vagues plus solides à puissant « carving » ou à tubes bien engagés.

    Pieds nus dans les étroits sentiers jonchés de hautes herbes tropicales, la jungle semble être un labyrinthe et l’accès au spot reste un sérieux échauffement. Plus de 70 % d’humidité et une nature chargée d’odeurs différentes selon les divers passages. La marche est rapide, le regard reste ultra concentré sur ce qui pourrait ce présenter dans ces hautes herbes.
    Ces traversées offrent quelquefois la chance de croiser les indigènes mentawai (les hommes fleurs), d’entendre « alaïta » (bonjour) et de recevoir un profond sourire. Ne connaissant pas leur langue, la communication passe par les regards et l’échange de signes de respect. Curieux de notre mode de fonctionnement, certains vinrent plus tard s’asseoir dans notre « uma » (lieu de vie commun) très silencieusement pour nous observer et tenter de communiquer.
    Inutile de préciser que ces rencontres furent magiques et profondément intenses.

    Chaque journée a eu sa part de découvertes, d’émerveillements et d’émotions partagées avec l’ensemble du groupe.

    « …tous assis en rond sur le plancher en bois du uma (lieu de vie traditionnel) on partage le dîner cuisiné par Ade (local mentawai), Chacun saisit le riz, les légumes et le poisson avec la main droite. Les sourires ne cessent de s’échanger, la journée a été riche en surf après de bonnes marches dans la jungle. je digère dans mes pensées l’intensité de la journée. Tout le monde a trop mangé et alors que je cherche l’horizontal, Inke (local Sumatra) commence à poser sa voix sur un fond de guitare. Un peu plus tard, la fatigue me transporte sous ma moustiquaire pour m’endormir sur ma housse de surf (merci FCS), bercé par les bruits de la forêt et la musique de mes amis. Mes yeux s’ouvrent, il est 6h30 (matin), Ade, Edo et Inke sont debout et de l’eau chaude est sur la table. Les premières phrases du jours sont :
    salamate pagi jeff (bonjour jeff),
    Bagus tidur (t’as bien dormi ?),
    Ombak bagus pagi (ce matin les vagues sont belles)
    Coffee ready if u want !
    Je jète directement un œil sur le spot en face du « uma » pour voir la taille des vagues, le vent et la marée. Chacun se réveille tranquillement, le soleil annonce déjà sa présence,…la journée s’annonce bien !! »

    Les Mentawai !! C’est par où M’sieur ?

    L’archipel des Mentawai est situé en Indonésie, à 120 km au NW de la grande île de Sumatra.
    Il est composé de quatre îles principales : Siberut, Sipura, Pagai Utara, Pagai Selatan et les îlots de Sibigan et Bitojat, sur lesquelles se trouvent la plupart des spots connus. Ses Iles sont au bord de l’océan indien, sur la zone de l’Equateur.

    Son climat est uniformément chaud et humide.

    Les indigènes ornés de fleurs tropicales ont été baptisés les « hommes fleurs ».

    Les Mentawai ont une des cultures indigènes les plus fascinantes et les mieux préservées au monde. Une tragédie de notre monde moderne est que cette société risque d’être effacée par la vague inexorable de la modernisation en cours de l’Indonésie.

    L’île de Siberut, la plus grande de l’archipel, abrite la majorité des 45’000 indigènes.
    Ici, au plus profond de la forêt tropicale, ils représentent un des derniers bastions d’une culture traditionnelle ancestrale.

    Une relation quasi fusionnelle avec la nature.

    Aux Mentawai, on demande la permission à l’esprit de l’arbre avant de le couper, et chaque arbre abattu sera replanté systématiquement. Au fil du temps, leur style de vie, à l’exclusivité de tout autre, s’est avéré le modèle le plus approprié pour permettre une exploitation durable des ressources naturelles. En plus de 3000 ans de présence sur l’île, jamais la forêt n’a été menacée par les “hommes-fleurs”…
    Il y a 500’000 ans que cet archipel s’est séparée de Sumatra, permettant ainsi, de par son isolement, le développement d’une faune et d’une flore originale et précieuse, unique à ces îles.

    Croyances, spiritualité

    Leur croyance animiste est basée sur la pensée que tout est animé et possède une âme capable de sortir de son enveloppe matérielle.
    Cette dernière notion a un rôle clé chez les Mentawai : Pour empêcher l’âme de s’éloigner de son corps physique, ce qui entraînerait maladies et mort, ils le parent et le décorent pour lui donner une forme artistique. Le tatouage découle de cette croyance : il sert à préserver intacts l’âme et la personnalité de l’individu.
    L’animisme est un système de croyance complexe dont les chants et les incantations shamaniques font partie intégrante de la vie quotidienne. Il est difficile de séparer le mysticisme de la vie de tous les jours car c’est au quotidien que les Mentawai vivent la réalité de leurs croyances.
    Datant du néolithique, leur tradition orale lie à l’univers tout être vivant ou objet, et tout a sa logique propre et sa raison d’être. Peuple humble et respectueux.

    Rupture culturelle lourde de conséquences.

    En 1954, les cultes anciens ainsi que tout ce qui avait un lien avec les traditions, furent interdits. Les Mentawais durent opter soit pour la religion musulmane, soit pour la religion chrétienne. Cette oppression dura jusqu’en 1998.

    C’est en 2002, que finalement les Mentawaï sont représentées par un gouvernement autonome, plus en accord avec la culture locale.

    Surf aux Mentawai.

    Les Mentawai furent découvertes à la fin des années 90 par des surfeurs australiens qui fréquentaient l’île de Nias sur un archipel voisin, et exploraient les îles en bateau. Devenues un Must du Trip où l’on accède aux vagues par la mer, les spots sont d’une consistance régulière et la perfection des vagues s’est forgée une solide réputation sur la scène internationale.

    Très peu de surfeurs séjournent sur les îles en raison de l’isolement et du fort risque de malaria et de « la dingue » véhiculées par les moustiques.

    La meilleure période pour les vagues est de mai à septembre. C’est en février qu’il y a régulièrement le plus de précipitations. Les moustiques adorent ça !

    Sur les îles la prévention anti-moustique est fortement conseillée ; traitement antipaludéen, vêtements longs avec répulsif anti-moustique pour le soir et moustiquaire pour la nuit.

    Le développement du surf trip n’est pas à leur avantage.

    Le cliché « surf trip au Mentawai », dans lequel de nombreux médias nous présentent cet endroit comme « la grande distribution » de la vague parfaite, au large profit d’organisateurs étranger me semble aujourd’hui un peu décalé.
    En effet, depuis quelques années une problématique voit le jour. Les offres de services touristiques « surf » et le flux grandissant de visiteurs entraînent un déséquilibre menaçant l’économie, la culture locale et l’environnement.
    En 10 ans, les Mentawais sont passées d’une culture indigène fragile datant du néolithique aux « resorts » (hotels) climatisés et aux « boat trip » de luxe.
    Face à cette inquiétude, quelques ONG travaillent pour le gouvernement mentawai, devenu autonome en 2002, sur les solutions à envisager. On parle déjà de régulation du flux touristique par des cotas précis de visiteurs sur les îles et sur les spots. Jess Ponting (expert consultant), précurseur dans le développement soutenable (durable) du « tourisme surf » travaille très sérieusement sur le dossier Mentawai.
    Cet endroit n’est pas comparable au reste de l’Indonésie. Le peuple Mentawai est l’un des tout dernier peuple primitif encore présent sur notre planète. Il porte en lui un message à préserver. Le soucis aujourd’hui est de les protéger d’une mondialisation qui leur a déjà coûté chère.
    Comment les surfeurs veulent-ils se positionner ?
    Est-ce que (pour le surfeur) l’amour de la vague occulterait totalement la conscience de l’environnement extérieur ?
    Ou… à force de plaisir à répétition serait-il devenu un « enfant gâté » qui ne pense plus à dire « merci » ?