• Jaws en action mardi 23 février (Ile de Maui, Hawaii)

    Partie pour 2 mois de bénévolat dans une ferme biologique dédiée aux fruits, située au coeur de l’île de Maui, Loreline « Loli » Cariteau-Bapsères, surfeuse passionnée, élève et correspondante Surfconseil nous fais profiter du spectacle sacré de la vague de « Jaws » (machoires). Ses photos ont été prise en direct de la falaise juste en face de la vague. Célèbre terrain de jeu de surf « tracté », Laird Hamilton, expert en la matière reste la référence du spot en terme d’engagement et d’expérience. Aujourd’hui, comme le montre ces photos, au constate une augmentation du nombre de pratiquants, quelquefois à la limite de l’insécurité.
    Le surf tracté est une haute responsabilité réservée à des surfeurs ultra bien préparés.



    Ci-dessous, loli nous raconte son aventure sur Maui…


    Depuis les exploits des pionniers sur le North Shore dans les années 60, Hawaii est un mot qui fait rêver toutes les générations de surfeurs, du plus jeune débutant au plus vieil expert. Synonyme de climat tropical, de fruits et de fleurs inconnues, d’oiseaux chamarrés, mais surtout synonyme d’eaux chaudes et de vagues aussi parfaites qu’effrayantes, il attire depuis des années des convois d’européens migrateurs en quête de la vague parfaite. C’est avec ces images en tête que je prends la décision de faire le grand saut cet hiver et d’aller explorer la terre promise. Au-delà de l’expérience surfistique, c’est la connexion avec la nature primitive de cet archipel que je pars chercher. Mon niveau de surf ne me permettant pas de me faire une place sur les spots survoltés et mythiques du Nord d’Oahu, je décide donc, orientée en ça par un ami rencontré dans le cadre du programme Planet Surf Education, de me diriger vers la côte Nord Est de Maui, également réputée pour sa nature luxuriante, son aspect sauvage, et la non moins sauvage Jaws… Reste à régler l’épineux problème du budget, car aussi tropicale soit-elle, Hawaii reste un état des Etats-Unis, et par là même largement inabordable. Heureusement, la solution existe pour les voyageurs prêts à donner de leur temps pour la bonne cause : elle s’appelle WWOOFING. Cette formule tout droit sortie du concept d’écotourisme permet à des fermes biologiques d’accueillir des voyageurs à qui elles fournissent logement et nourriture en échange d’un travail hebdomadaire. C’est finalement l’exploitation d’un français dans le village de Huelo, à quelques kilomètres de la petite ville hippie de Paia, qui deviendra mon QG pour le mois et demi à venir. Les journées s’y écoulent agréablement entre le stand de fruits sur le bord de la route, le travail dans les cultures (ananas, bananes, canne à sucre, clémentines…) et les longues heures de plage. Le surf sur la côte Nord de Maui, tout comme sur Oahu, est particulièrement fréquent en hiver, caractérisé par de grosses houles ventées qui martèlent les récifs et la falaise. Heureusement pour les surfeurs moyens comme moi, la côte très découpée offre aussi des spots de repli. C’est le cas de Paia Bay, qui malgré son aspect un peu « chantier » offre à qui sait attendre des jolis bouts de droites et de gauches. Ho’okipa, la célèbre plage voisine, paradis des windsurfeurs et kitesurfeurs quand le vent se lève, est aussi une plage prisée par les surfeurs matinaux (avant que le vent ne se lève). Son reef assure une vague de qualité jusqu’à des tailles de swell remarquables, et elle est impressionnante pour le novice. Il n’est pas rare cependant que les nombreux surfeurs qui la peuplent vident respectueusement le lieu quand le roi requin décide de venir y faire ses ablutions. Etrange spectacle que cette vague parfaite complètement vierge de surfeurs… Après à peine une semaine, Maui me réserve une surprise que je ne suis pas prête d’oublier. Alors que les cartes isobariques indiquent un pic de houle, une rumeur court sur la côte comme une traînée de poudre prête à s’enflammer : Jaws est en train de grossir. Dès la première heure le lendemain matin, le propriétaire de l’exploitation, féru de tow-in, appelle pour confirmer que la vague marche. Il ne m’en faut pas plus pour partir faire du stop, armée de mon appareil photo et d’une solide motivation. J’ai vaguement entendu dire que Jaws est située un peu avant Haiku. C’est mince mais à force d’interroger les locaux et de marcher le long des routes sous la chaleur grandissante, je finis par trouver l’entrée du petit chemin qui descend vers la falaise. Dans mon imaginaire, il y avait une route d’accès remplie de voitures et de panneaux ventant le spectacle prodigieux de cette vague géante. Au lieu de quoi, sur une étendue pratiquement désertique, descend une piste à peine praticable sur laquelle le vent soulève des nuées de poussière rouge qui colle à la peau moite. Je n’en peux plus d’excitation et un surfeur généreux me charge à l’arrière de son pick-up. Et Jaws apparaît au bout de la route, visible d’un point de vue large à peine d’une dizaine de mètres. Une trentaine de personnes est déjà aux premières loges. Le spectacle est à couper le souffle. Les lignes régulières arrivent du large et gonflent sur le reef juste au pied de la falaise avant d’exploser en un pic droite gauche démesuré (les locaux me diront plus tard qu’il s’agissait d’un petit Jaws, à peine 20 pieds à la série !). Je reste bouche bée devant le show que font les quelques équipages, retenant mon souffle quand l’un des minuscules surfeurs se fait enfermer par le monstre et disparaît pendant de longues secondes dans la grande machine à laver qui s’étire jusqu’aux rochers. Au bout d’une heure, la vague perd en fréquence et en taille, et je rentre à Paia avec la maman d’un des surfeurs pour un après-midi de farniente. Quelles surprises Maui me réserve-t-elle encore ? Il me reste à découvrir tant de choses. Les problématiques liées à la cohabitation des blancs de « Mainland », omniprésents, et des natifs polynésiens beaucoup plus discrets, par exemple. Les raisons pour lesquelles les Californiens installés ici déménagent quand il s’agit de faire faire des études à leurs enfants également… Sur un ton un peu plus léger, les merveilleuses cascades et retenues d’eau qui jalonnent la route de Hana sur laquelle je vis. Et, qui sait, peut-être la petite sœur Oahu ?

    Aloha,
    Pour Surfconseil, Loreline « Loli » Cariteau-Bapsères